Lu par une voix IA · 4 min 29
« Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à l’amour et aux bonnes œuvres. »
Hébreux 10.24 · Segond 1910
Aux mois d’octobre et novembre, les étourneaux se rassemblent avant de migrer. Ils effectuent dans le ciel des murmurations.
Un soir, dans un village de France, le smartphone d’un passionné reçoit une notification :
« Il y a une murmuration à trente kilomètres d’ici. Il nous faut aller voir cela. »
Ces trente kilomètres ne nous ont pas empêchés d’aller voir le spectacle, car c’en est un. Comme à un feu d’artifice, où l’on s’exclame à chaque fusée. Ici, ce sont les oiseaux qui font le spectacle.
C’était magnifique.
Dans un ciel encore éclairé, des milliers d’étourneaux dessinaient des vagues. La nuée bougeait, elle gonflait, se repliait, s’allongeait, dessinait un ruban, puis se ramassait en boule.
Parfois elle devenait presque noire ; un instant après, elle pâlissait au point de presque disparaître. Puis elle revenait, ailleurs, et autrement.
Pas une seule collision dans ce monde en mouvement. Tout est parfaitement orchestré.
Autour de nous, un « oh ! » à chaque vague. On levait les yeux, et on ne les baissait plus.
Pourtant, il n’y a pas de chef d’orchestre.
Les chercheurs qui ont filmé ces nuées l’ont constaté : aucun oiseau ne dirige, aucun ne voit le dessin d’ensemble. Chaque étourneau reste simplement attentif à ses six ou sept voisins les plus proches. Quand l’un d’eux vire, ses voisins virent, puis les voisins des voisins, et la vague traverse ainsi la nuée en un instant.
On sait comment elle se dessine, mais on ne sait pas toujours d’où elle part.
Cette expérience m’a fait penser à l’Église.
Jésus n’a pas donné à ses disciples un signe de reconnaissance compliqué. Il a dit :
« À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jean 13.35)
Et dans sa prière, il demande que les siens soient un, « pour que le monde croie » (Jean 17.21).
Ce soir-là, dans ce village de France, personne n’a eu besoin d’explications. Les gens ont levé les yeux.
Il en va de même pour l’unité de l’Église : le monde ne l’écoute pas d’abord, il la regarde.
Ce que les étourneaux savent, c’est que l’unité ne se décrète pas d’en haut : elle se vit de proche en proche. Je ne porte pas toute l’Église sur mes épaules. Mais j’ai mes six ou sept voisins.
Celui qui s’assied près de moi le dimanche. Celle qui traverse une épreuve. Le frère avec qui je ne suis pas d’accord.
Si je reste attentif à eux, et eux à leurs voisins, quelque chose de plus grand que nous se dessine.
« Veillons les uns sur les autres », dit l’épître aux Hébreux (10.24).
C’est ici que l’image s’arrête. La nuée n’a pas de tête ; l’Église en a une. Nous ne volons pas au hasard, nous suivons le Christ. Mais nous le suivons ensemble, et c’est souvent en regardant le frère qui vole à côté de moi que je retrouve le cap.
Et la vague ? On ne sait pas toujours où elle commence.
« Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. » (Jean 3.8)
On ne fabrique pas un réveil, on ne programme pas l’Esprit. Mais on peut rester assez proches les uns des autres pour que, lorsqu’il souffle quelque part, le mouvement nous traverse tous.
Les étourneaux n’ont pas de discours. Ils ont des voisins.