« Vous tous qui avez soif, venez vers les eaux, même celui qui n'a pas d'argent ! Venez, achetez et mangez, venez, achetez du vin et du lait sans argent, sans rien payer ! »
Ésaïe 55.1
Dans mon village, une fois par an, c'est la journée du don. Chacun apporte ce qu'il a à offrir et ne sert plus : des vélos qui ont fait leur temps, des vêtements à peine portés, des livres lus, des jouets dont les enfants ont grandi. On dispose tout sur des tables, devant la salle des fêtes, et chacun se sert. C'est une vraie caverne d'Ali Baba, où tout est gratuit — pour une journée.
Mais le lendemain, la réalité reprend ses droits. À la boulangerie, malheur à celui qui aurait oublié son moyen de paiement ! La gratuité, dans notre monde, est l'exception. Une parenthèse qu'on referme vite. Pour tout le reste, il faut une carte bancaire, un code, un terminal qui valide.
Et nous finissons, sans toujours nous en rendre compte, par projeter cette logique sur Dieu. Comme s'il fallait, là aussi, « payer de sa personne ». Accumuler les efforts, les bons points, les preuves de bonne volonté, pour mériter son amour. Comme si la grâce avait un tarif, et nous, un solde à présenter.
Quelle erreur !
Chez Dieu, la journée du don dure toute l'année. La grâce ne connaît pas d'inflation. Elle ne se vend pas, elle ne se négocie pas, elle ne se mérite pas. La paix de l'âme, le pardon qui relève, la joie profonde qui ne dépend plus des circonstances : aucun terminal de paiement ne saurait les enregistrer. Ce sont des biens qu'on ne peut que recevoir.
Le prophète Ésaïe lançait déjà ce cri, plein de bon sens et de tendresse : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l'eau ! Même si vous n'avez pas d'argent, venez, achetez et mangez ! Venez acheter sans argent, sans rien payer… » Il y a là une logique qui désarme : on vient acheter sans payer. C'est l'évangile avant l'Évangile.
Le Christ n'attend pas que nous soyons riches de mérites pour nous accueillir. Il nous demande simplement de venir les mains vides, prêtes à recevoir.
« C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. »
Éphésiens 2.8
Le don. Pas le salaire. Pas la récompense. Pas le contrat. Le don.
Et face à ce cadeau immense, il ne nous reste rien à rembourser. Juste à dire merci. Et peut-être, à notre tour, à devenir des « journées du don » pour ceux qui croient encore qu'il faut payer pour être aimés.