Lu par une voix IA · 1 min 40
« Faites donc bien attention à la façon dont vous vous conduisez : ne vous comportez pas comme des fous, mais comme des sages : rachetez le temps, car les jours sont mauvais. »
Éphésiens 5.15-16 · Segond 21
Mes petits-fils passent des heures dans le bac à sable. Je les regarde remplir un seau, le renverser, voir la tour s’effondrer, recommencer. Ils ne cherchent jamais à garder leur sable. Ils jouent avec ce qu’ils ont, maintenant. Le sable qui vient de couler entre leurs doigts, ils n’y pensent déjà plus.
Nous, adultes, on serre le poing. Deux chanteurs français ont mis en musique cette angoisse-là, chacun à sa façon : l’un pressé de tout vivre avant que le temps ne lui manque, l’autre résigné à le regarder simplement s’en aller. Deux manières de fixer le sablier au lieu de jouer avec ce qu’il verse.
L’Ecclésiaste, lui, ne cherche pas à arrêter l’écoulement. « Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux » (3.1) — et suit cette longue liste de contraires : un temps pour bâtir et un temps pour démolir, un temps pour pleurer et un temps pour rire. Le sage nomme les saisons plutôt que de les combattre. Mais une ligne plus loin change tout : Dieu a mis dans le cœur de l’homme la pensée de l’éternité (3.11). Nous ne sommes pas que du sable qui coule.
C’est ce que Paul vise en écrivant : « Rachetez le temps, car les jours sont mauvais » (Éphésiens 5.16). Rachetez — pas retenez. On ne retient pas le sable. Mais ce même mot, en grec, sert au marché : on rachète ce qui allait être perdu, on lui donne un usage. Le temps qui coule entre nos doigts n’est pas fait pour être serré. Il est donné pour être racheté — repris, une heure à la fois, et remis entre les mains de Celui qui, lui, ne perd rien de ce qu’on lui confie.