Ce matin-là, j'ai failli saluer un lampadaire.
Ça m'a semblé le bon moment pour prendre rendez-vous chez l'ophtalmologue.
La suite, vous la connaissez peut-être : la salle d'attente, la machine qui ressemble à un vaisseau spatial, les verres qui s'enchaînent pendant que le médecin demande patiemment « Mieux comme ça ? Et là ? » — et vous qui répondez « Hum… je crois ? » avec l'air concentré de quelqu'un qui ne sait pas trop ce qu'il cherche.
Et puis, soudain, la bonne paire. Et tout devient net. Les contours, les couleurs, les détails que vous ne voyiez plus depuis si longtemps que vous aviez fini par croire que c'était normal de voir flou.
En repartant avec mes nouvelles lunettes, je me suis dit que la vie spirituelle ressemble parfois à ça. On s'habitue à une vision embrouillée. On prend pour des certitudes ce qui n'est que brouillard. On confond nos peurs avec la réalité, nos doutes avec la vérité.
Et Dieu, lui, attend — patiemment, sans se moquer — de nous proposer un ajustement. Pas une révolution forcée. Juste : « Mieux comme ça ? » Il teste avec nous, il affine, il éclaire progressivement ce qui était dans l'ombre.
Paul, lui, a reçu une paire de lunettes plutôt radicale sur le chemin de Damas. Une lumière, une chute, et tout ce qu'il croyait voir clairement s'est révélé flou depuis le début.
« Nous voyons maintenant au moyen d'un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face. »
1 Corinthiens 13.12