Vallée de montagne après l’orage : un lit de boue et de rochers, la brume basse, et un rayon de lumière dorée qui perce les nuages jusqu’au fond de la vallée
Méditation ·

Où est ton Dieu ?

Quand les flots passent sur nous.


Lu par une voix IA · 3 min 44


« Mes larmes sont ma nourriture jour et nuit, pendant qu’on me dit sans cesse : Où est ton Dieu ? »

Psaume 42.4 · Segond 1910

Un matin d’août, dans l’Himalaya, un glacier s’effondre. En quelques minutes, un torrent de boue, de glace et de rochers dévale la vallée de la Trishuli. Plus d’un millier de morts, des milliers de disparus. Parmi eux, des frères et des sœurs : des églises emportées, des assemblées décimées. Et combien de projets avortés ? Une salle qu’on rêvait d’agrandir, un mariage prévu pour l’automne, une récolte qu’on n’engrangera pas. Des rêves qui ne verront jamais le jour.

Le psalmiste connaissait ce vertige : « Un flot appelle un autre flot au bruit de tes ondées ; toutes tes vagues et tous tes flots passent sur moi » (v. 8). Et autour de lui, la question revient sans cesse : où est ton Dieu ?

La Bible n’efface pas cette question. Elle la garde au cœur même de la prière d’Israël. Le croyant n’est pas celui qui ne la pose jamais, mais celui qui ose la poser à Dieu.

Marthe l’a posée à Jésus, en face : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » (Jean 11.21). Jésus ne lui répond pas par une explication. Il pleure (v. 35). Puis il se tient devant la pierre du tombeau. Notre Dieu ne regarde pas le deuil d’en haut : il y descend.

Marthe, elle, avait au moins un tombeau devant lequel pleurer. Là-bas, beaucoup n’en auront pas. Des familles entières restent « disparues ». Un jour, on cessera de les chercher. Il n’y aura ni corps, ni sépulture, ni cérémonie. Parfois, plus personne pour porter leur deuil.

L’Écriture connaît cette absence. De Moïse, le plus grand prophète d’Israël, elle dit : « L’Éternel l’enterra dans la vallée… Personne n’a connu son sépulcre jusqu’à ce jour » (Deutéronome 34.6). Aucune tombe à visiter, mais c’est Dieu lui-même qui l’a mis en terre.

Jésus va plus loin encore. Il parle des passereaux, ces petits oiseaux qu’on vendait cinq pour deux sous, les plus insignifiants du marché : « aucun d’eux n’est oublié devant Dieu » (Luc 12.6). Puis il ajoute : « Les cheveux de votre tête sont tous comptés » (v. 7). Là où les registres resteront incomplets, Dieu, lui, n’a perdu le compte de personne. Ceux que les hommes ne retrouveront pas, Dieu ne les a pas perdus.

Après l’orage, dans les vallées de montagne, il arrive qu’un rayon perce la brume et touche le fond de la vallée. La lumière n’enlève pas la boue. Mais elle y descend. C’est ainsi que Dieu se montre là-bas : les Églises népalaises, blessées elles-mêmes, ont envoyé des équipes à vélo vers les vallées coupées du monde. Quand tout dévalait la montagne, des mains ont commencé à la remonter. Et là où il n’y aura pas de cérémonie, notre prière peut devenir leur veillée.

Le psaume ne s’arrête pas aux flots. Il se termine ainsi : « Pourquoi t’abats-tu, mon âme ? Espère en Dieu, car je le louerai encore » (v. 12). Pas « maintenant », pas « tout va bien » : encore. Au dernier jour, dit l’Apocalypse, « la mer rendit les morts qui étaient en elle » (Apocalypse 20.13). Aucune vallée ne gardera les siens. Et pour les rêves brisés, Dieu a une promesse : « Ils bâtiront des maisons et les habiteront ; ils planteront des vignes et en mangeront le fruit » (Ésaïe 65.21). Ce qui a été arraché ici n’est pas perdu pour lui.

Prière

Seigneur, nous ne comprenons pas. Souviens-toi des disparus, toi qui n’en oublies aucun. Console les familles du Népal, fortifie les Églises éprouvées, garde ceux qui secourent. Fais de nous une lumière qui descend dans la vallée. Amen.

Quand quelqu’un autour de moi demande « où est ton Dieu ? », que voit-il de Dieu à travers moi ?

Connexions bibliques
Luc 13.4-5 Ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis.

Jésus ferme la porte à l’explication facile : les victimes d’une catastrophe ne payent rien.

Jean 11.35 Jésus pleura.

Le verset le plus court de la Bible. Il sait qu’il va relever Lazare, et il pleure quand même.

Romains 8.22 Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement.

Paul ne prétend pas que le monde tourne rond. Il dit qu’il gémit — et qu’il attend.

Psaume 147.3 Il guérit ceux qui ont le cœur brisé, et il panse leurs blessures.

Le verset qu’un pasteur népalais a choisi de citer au milieu des ruines.

Apocalypse 21.4 Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur.

Pas une explication, une promesse : Dieu ne regarde pas les larmes de loin, il les essuiera de sa main.

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