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« Mes larmes sont ma nourriture jour et nuit, pendant qu’on me dit sans cesse : Où est ton Dieu ? »
Psaume 42.4 · Segond 1910
Un matin d’août, dans l’Himalaya, un glacier s’effondre. En quelques minutes, un torrent de boue, de glace et de rochers dévale la vallée de la Trishuli. Plus d’un millier de morts, des milliers de disparus. Parmi eux, des frères et des sœurs : des églises emportées, des assemblées décimées. Et combien de projets avortés ? Une salle qu’on rêvait d’agrandir, un mariage prévu pour l’automne, une récolte qu’on n’engrangera pas. Des rêves qui ne verront jamais le jour.
Le psalmiste connaissait ce vertige : « Un flot appelle un autre flot au bruit de tes ondées ; toutes tes vagues et tous tes flots passent sur moi » (v. 8). Et autour de lui, la question revient sans cesse : où est ton Dieu ?
La Bible n’efface pas cette question. Elle la garde au cœur même de la prière d’Israël. Le croyant n’est pas celui qui ne la pose jamais, mais celui qui ose la poser à Dieu.
Marthe l’a posée à Jésus, en face : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » (Jean 11.21). Jésus ne lui répond pas par une explication. Il pleure (v. 35). Puis il se tient devant la pierre du tombeau. Notre Dieu ne regarde pas le deuil d’en haut : il y descend.
Marthe, elle, avait au moins un tombeau devant lequel pleurer. Là-bas, beaucoup n’en auront pas. Des familles entières restent « disparues ». Un jour, on cessera de les chercher. Il n’y aura ni corps, ni sépulture, ni cérémonie. Parfois, plus personne pour porter leur deuil.
L’Écriture connaît cette absence. De Moïse, le plus grand prophète d’Israël, elle dit : « L’Éternel l’enterra dans la vallée… Personne n’a connu son sépulcre jusqu’à ce jour » (Deutéronome 34.6). Aucune tombe à visiter, mais c’est Dieu lui-même qui l’a mis en terre.
Jésus va plus loin encore. Il parle des passereaux, ces petits oiseaux qu’on vendait cinq pour deux sous, les plus insignifiants du marché : « aucun d’eux n’est oublié devant Dieu » (Luc 12.6). Puis il ajoute : « Les cheveux de votre tête sont tous comptés » (v. 7). Là où les registres resteront incomplets, Dieu, lui, n’a perdu le compte de personne. Ceux que les hommes ne retrouveront pas, Dieu ne les a pas perdus.
Après l’orage, dans les vallées de montagne, il arrive qu’un rayon perce la brume et touche le fond de la vallée. La lumière n’enlève pas la boue. Mais elle y descend. C’est ainsi que Dieu se montre là-bas : les Églises népalaises, blessées elles-mêmes, ont envoyé des équipes à vélo vers les vallées coupées du monde. Quand tout dévalait la montagne, des mains ont commencé à la remonter. Et là où il n’y aura pas de cérémonie, notre prière peut devenir leur veillée.
Le psaume ne s’arrête pas aux flots. Il se termine ainsi : « Pourquoi t’abats-tu, mon âme ? Espère en Dieu, car je le louerai encore » (v. 12). Pas « maintenant », pas « tout va bien » : encore. Au dernier jour, dit l’Apocalypse, « la mer rendit les morts qui étaient en elle » (Apocalypse 20.13). Aucune vallée ne gardera les siens. Et pour les rêves brisés, Dieu a une promesse : « Ils bâtiront des maisons et les habiteront ; ils planteront des vignes et en mangeront le fruit » (Ésaïe 65.21). Ce qui a été arraché ici n’est pas perdu pour lui.
Prière
Seigneur, nous ne comprenons pas. Souviens-toi des disparus, toi qui n’en oublies aucun. Console les familles du Népal, fortifie les Églises éprouvées, garde ceux qui secourent. Fais de nous une lumière qui descend dans la vallée. Amen.