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« Seulement, au point où nous sommes parvenus, marchons d’un même pas. »
Philippiens 3.16 · Segond 1910
On vise 10 000 pas par jour, chacun sur son podomètre. Et si les pas perdus, c’étaient ceux qu’on fait seul ?
Le soir, il arrive qu’on sorte son téléphone pour vérifier : 7 412 pas. Il en manque. Alors on fait un tour dans le salon, ou jusqu’à la boîte aux lettres, pour arrondir. Pas pour aller quelque part. Pour atteindre un chiffre.
Ce chiffre n’a rien de scientifique. Il date du milieu des années 1960 : un fabricant japonais lançait un podomètre dont le nom signifiait littéralement « compteur de dix mille pas ». C’était un slogan. Les études sérieuses ont montré depuis que les bienfaits de la marche commencent bien avant. Mais le chiffre était rond, facile à retenir, et il est resté.
Ce qui me frappe, c’est que ce compte est toujours solitaire. Chacun a son écran, son total, son petit cercle qui se remplit. On peut marcher à côté de quelqu’un, avec le même objectif, sans rien partager.
On dit de certains pas qu’ils sont perdus : ceux qu’on fait en rond, sans but, sans personne. On les reconnaît bien. Ce sont les allers-retours dans le couloir pendant qu’on attend un coup de fil, les tours du salon pour finir le compte.
Paul écrit aux Philippiens en sachant qu’il est loin d’être arrivé. Il vient de le dire : il ne prétend pas avoir atteint le but, il court vers lui. Puis il ajoute cette phrase toute simple : « Seulement, au point où nous sommes parvenus, marchons d’un même pas. » Il le redira aux Galates avec le même verbe : « marchons aussi selon l’Esprit. »
« Au point où nous sommes parvenus. » Paul ne suppose pas que tout le monde en est au même endroit. Il y a ceux qui ont déjà beaucoup avancé, ceux qui viennent de partir, ceux qui boitent. Il ne demande à personne d’atteindre un chiffre. Il demande de marcher d’un même pas, là où l’on en est, dans la même direction.
C’est moins spectaculaire qu’un objectif quotidien, et plus exigeant. Un compteur se règle seul. Un pas commun se règle à plusieurs : celui qui est devant ralentit, celui qui traîne se laisse porter, on s’attend au bord du chemin. Quiconque a marché en groupe sait que c’est le plus lent qui donne le rythme, et que ce n’est pas une perte.
Sur la route d’Emmaüs, deux disciples s’éloignent de Jérusalem, le visage sombre. Leurs pas semblent perdus. Jésus les rejoint, marche avec eux sans les presser, et leurs pas repartent dans l’autre sens.
Alors voilà ce que je retiens. Dieu ne nous a pas fixé de total à atteindre avant ce soir. Il nous a mis en chemin avec d’autres, et il nous demande d’avancer ensemble. Seul, on peut perdre ses pas à force de tourner en rond. À côté de quelqu’un, qu’on l’attende ou qu’on se laisse attendre, aucun pas n’est perdu.