Lu par une voix IA · 3 min 31
« Je cours pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j’ai été saisi par Jésus-Christ. »
Philippiens 3.12 · Segond 1910
Début septembre, il y a une odeur qui ne trompe pas : cartables neufs, goudron encore tiède de la rue refaite en août, école repeinte sans témoin. Tout frémit. Les petits qui entrent pour la première fois tiennent la main de leur mère, mais leurs pieds sont déjà partis devant. Autour de la machine à café, on compare les bronzages, on refait les bouchons du retour. Puis, doucement, quelque chose se remet en marche. Un parfum de résolutions dans l’air : cette année, je m’y mets. On va de l’avant.
Paul aussi parle d’aller de l’avant. Il parle même de courir. Mais sa course ne ressemble pas tout à fait à nos rentrées.
Un coureur enchaîné
Celui qui écrit ces lignes ne peut pas marcher trois mètres : Paul est prisonnier. Il tient un stade entier dans sa phrase — l’élan, la ligne, le prix — et il a des chaînes aux poignets. Sa course ne dépend donc pas des circonstances. On peut courir immobile. Bonne nouvelle pour ceux dont la rentrée n’a rien d’un frémissement joyeux.
Il court parce qu’il a été rattrapé
Lisons dans l’ordre. Il ne dit pas : je cours, et si je cours bien, peut-être serai-je saisi un jour. Il dit : j’ai été saisi, c’est pourquoi je cours. Sur la route de Damas, Paul ne cherchait rien — il courait, oui, mais dans l’autre sens, avec des mandats d’arrestation dans sa sacoche. Il n’a pas trouvé le Christ : il a été rattrapé par lui.
Le pompier ne court pas vers le feu pour entrer dans la caserne. Il y court parce qu’il en fait déjà partie.
Toute la différence entre une résolution et une vocation tient là. La résolution part de moi et retombe sur moi — c’est pourquoi elle s’essouffle vers la mi-octobre. La vocation part du Christ et me précède. Je ne cours pas pour être aimé : je cours parce que je l’ai été le premier.
Ce qu’il laisse derrière
« Oubliant ce qui est en arrière. » Nous entendons aussitôt : les fautes, les regrets. C’est vrai. Mais relisons ce que Paul énumère juste avant : circoncis le huitième jour, de la tribu de Benjamin, pharisien, irréprochable quant à la loi. Son curriculum. Ce qu’il laisse derrière lui, ce ne sont pas seulement ses ratages, ce sont ses réussites. C’est autrement plus difficile : on se sépare assez volontiers de ses échecs, mal de ce dont on est fier. À la rentrée, nous rangeons les souvenirs de vacances ; Paul range ses trophées.
Oublier, ici, ne veut pas dire perdre la mémoire — Paul raconte son passé plusieurs fois, sans rien camoufler. C’est cesser de s’en nourrir, cesser de s’appuyer dessus pour tenir debout.
Une seule chose
« Je fais une chose. » Une. La rentrée, elle, nous propose une liste : le sport, la langue, le budget, le garage. Douze résolutions, et l’énergie divisée par douze. Paul n’en a qu’une, et c’est pour cela qu’elle tient. Il ne demande pas moins d’effort — le verbe qu’il emploie décrit le coureur penché en avant, tout entier dans sa foulée. Il demande moins de dispersion.
Paul écrit « frères », au pluriel. Ce n’est pas un contre-la-montre solitaire : c’est une église entière qui prend la route, avec ses coureurs rapides et ceux qui soufflent déjà. La rentrée de l’un porte celle de l’autre.
Bonne route.