Ligne électrique traversant un pré au crépuscule et rejoignant un poteau de bois isolé
Méditation ·

Zone blanche

Suis-je digne d’être aimé de Dieu ?


Lu par une voix IA · 4 min 00


« Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. »

Romains 10.13

Des amis vont faire installer la fibre. Ils s’en réjouissent : les pages s’ouvriront sans attendre, les visioconférences ne se figeront plus au milieu d’une phrase.

Mais avant le technicien, il y a eu la paperasse. Se déclarer. Donner l’adresse exacte, le numéro de voie, l’étage, le code d’accès. Recommencer chez le deuxième opérateur, puis chez le troisième. Et cette phrase qui revient partout, en gras : testez votre éligibilité.

Éligible. Le mot est froid. Il ne demande pas si vous avez besoin d’être raccordé, ni si vous le désirez. Il demande si votre adresse entre dans les cases.

Parfois la réponse tombe : votre logement n’est pas éligible. Zone blanche. Le hameau attendra encore trois ans. C’est une manière polie de dire que certains restent dehors.

Cette question de l’éligibilité traverse les Évangiles.

Un homme riche court vers Jésus et pose exactement la bonne question de formulaire : que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Donnez-moi les critères, je remplirai le dossier. Il a d’ailleurs de quoi le remplir : les commandements observés depuis sa jeunesse, une vie rangée, un patrimoine honorable. Il repart triste. Non parce qu’il était inéligible, mais parce qu’il avait apporté un dossier là où on lui tendait une main.

Dans le Temple, un pharisien récite son éligibilité à voix haute. Jeûnes, dîmes, conduite irréprochable. Tout est vrai, tout est vérifiable. À quelques pas, un collecteur d’impôts n’ose pas lever les yeux. Il n’a aucun titre à produire, seulement une phrase : Dieu, aie pitié de moi, qui suis un pécheur. C’est lui qui rentre chez lui justifié.

Zachée n’était éligible sous aucun critère : collaborateur, voleur, trop petit pour voir. Jésus s’invite chez lui.

La femme de Samarie cumulait les motifs de refus : mauvais peuple, mauvais sexe pour une conversation publique, mauvaise histoire conjugale. C’est à elle que Jésus parle le plus longuement de l’eau vive.

Un condamné, cloué à côté de lui, n’a plus ni temps ni preuve ni réparation possible. Il dit seulement : souviens-toi de moi. La réponse arrive dans la journée même.

Mais il y a plus surprenant encore.

Dans nos affaires de fibre, c’est nous qui faisons la démarche. Nous qui remplissons, qui attendons, qui relançons. La ligne s’arrête au bout de la rue et nous nous épuisons à la faire venir jusqu’à nous.

L’Évangile raconte l’inverse. Le raccordement a été tiré depuis l’autre côté. La Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous. Dieu n’a pas attendu que nous soyons en zone couverte : il est venu poser la ligne lui-même, jusqu’à la dernière maison du dernier hameau, jusqu’à l’étable, jusqu’à la croix.

Et il n’y a pas de zone blanche. Pas d’adresse trop excentrée, pas de vie trop abîmée pour que le raccordement soit possible. Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Quiconque. Le mot est sans exception, et c’est peut-être le mot le plus scandaleux de la Bible.

Reste une chose. Le jour du raccordement, il faut être là.

Le technicien ne force aucune porte. Il sonne, et si personne n’ouvre, la maison reste dans l’ancien débit. Non pas faute d’éligibilité — porte close, simplement. Je me tiens à la porte et je frappe.

Vous n’avez rien à déclarer. Rien à prouver. Aucun test à passer.

Il reste seulement à ouvrir.

Qu’est-ce que je crois devoir déclarer pour avoir le droit d’être aimé ?

Références

L’homme riche — Marc 10.17-22 · Le pharisien et le collecteur d’impôts — Luc 18.9-14 · Zachée — Luc 19.1-10 · La femme de Samarie — Jean 4.1-42 · Le condamné — Luc 23.39-43 · « La Parole a été faite chair » — Jean 1.14 · « Je me tiens à la porte » — Apocalypse 3.20

Ces méditations pourraient vous toucher aussi

Parfum de septembre La rentrée dit : vas-y, décroche-le. Paul court parce qu’il a déjà été rattrapé. La journée du don Une grâce qui ne se vend pas, ne se négocie pas, ne se mérite pas. La même gratuité, prise par le versant du don. C’est le matin Un enfant de trois ans, un volet qui s’ouvre, la lumière qui déborde. La même porte, vue de l’intérieur. Oser poser son sac On pousse la porte d’une église, et vient l’hésitation : ai-je le droit d’être là ?