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« L’Eternel Dieu façonna de la terre tous les animaux sauvages et tous les oiseaux du ciel, puis il les fit venir vers l’homme pour voir comment il les appellerait. »
Genèse 2.19 · Segond 21
En janvier 2021, des chercheurs ont confirmé l’existence d’une baleine dans le golfe du Mexique. Douze mètres. Vingt-sept tonnes. Le même mois, en Guinée, une chauve-souris à la fourrure orange vif entrait dans les catalogues du vivant.
Nous avons des satellites qui lisent une plaque d’immatriculation depuis l’orbite. Et nous n’avions pas vu une baleine de vingt-sept tonnes.
Un scientifique disait : pour que la chose existe, il faut la nommer. La Genèse dit exactement l’inverse.
Celui qui trouve
J’ai fait de la spéléologie. Dans ce monde-là, celui qui découvre un gouffre porte un titre magnifique : on l’appelle l’inventeur.
Or il n’a rien inventé. Le gouffre était là, creusé par une eau patiente pendant des centaines de milliers d’années, bien avant qu’un homme n’attache une corde à un arbre. L’inventeur n’a rien fabriqué : il est descendu, et il a vu.
Le mot a raison : dans son sens ancien, inventer ne signifiait pas fabriquer, mais trouver. Nos noms, eux, parlent surtout de nous. La Pierre Saint-Martin a été trouvée un 11 novembre ; Cartier a nommé le Saint-Laurent d’après le saint du jour. Le fleuve, lui, coulait déjà.
Il les fit venir vers l’homme
Notez ce que l’homme ne fait pas. Il ne part pas en expédition, ne pose pas de filets, ne descend dans aucun gouffre. On lui amène. Le premier savoir humain est un savoir reçu.
Et notez ce qu’il fait. Il nomme, mais il ne crée rien. Les animaux étaient là, façonnés avant lui, vivants sans lui. Nommer, dans la Bible, ce n’est pas faire exister : c’est entrer en relation avec ce qui nous précède.
La baleine du golfe du Mexique n’a pas commencé d’exister en janvier 2021. Elle a commencé d’être vue.
Ce que nommer ne donne pas
Le geste n’est pas retiré : le chercheur qui décrit une espèce, l’enfant qui apprend le nom des arbres du jardin. Dieu a confié cela à l’homme, et l’homme le fait encore.
Mais imaginez la scène jusqu’au bout. Le défilé s’achève, le dernier animal s’éloigne dans l’herbe haute. Il ne reste plus rien à nommer, et le premier homme se tient debout au milieu d’un monde entièrement répertorié.
Nommer rassure : ce qui porte un nom est situé, rangé, tenu. Mais un monde entièrement nommé reste un monde où l’on peut se tenir seul.
On peut avoir tout nommé et n’être toujours pas rejoint.
Celui qui nous nomme
Il faudra des siècles pour que quelqu’un regarde autrement.
Un jour, à Jéricho, un homme grimpe dans un sycomore. Trop petit pour voir par-dessus la foule, et sans doute trop détesté pour qu’on lui fasse place. Personne ne le compte.
Jésus arrive, lève les yeux, et l’appelle par son nom : « Zachée, hâte-toi de descendre ; car il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison » (Luc 19.5).
Personne ne lui avait dit que Jésus connaissait son nom.
Nos inventaires nomment des espèces : personne n’a donné de nom à cette baleine-là, celle qui nage en ce moment dans le golfe. Dieu, lui, ne nomme pas des catégories. Il appelle un homme caché dans un arbre, et il l’appelle Zachée.
« Ne crains rien, car je te rachète, je t’appelle par ton nom : tu es à moi » (Ésaïe 43.1).
Ce nom-là ne dit pas la date où l’on nous a trouvés. Il ne vient pas après nous. Il vient d’avant nous.
Pour cette semaine
Si une baleine de vingt-sept tonnes a pu vivre invisible pendant des millénaires, alors celui qui se sent aujourd’hui hors des radars n’est pas hors du regard de Dieu.
Nous ne sommes pas d’abord ceux qui nomment. Nous sommes ceux qui ont été nommés.
Ce qui existait avant nous nous attendait. Et celui qui nous appelle par notre nom nous attendait aussi.