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« Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. »
Jean 10.9
En rangeant mon atelier, je suis tombé sur un cadenas. Robuste, encore solide, fermé. La clé, elle, a disparu depuis longtemps.
Je l’ai gardé, évidemment. « Ça peut toujours servir. » C’est la phrase qui remplit les tiroirs et les étagères d’atelier. Elle est presque toujours fausse, et on la répète quand même.
J’ai quand même essayé. Le vieux trousseau du fond du tiroir, celui où s’accumulent les clés d’anciennes portes, d’anciens vélos, d’anciens meubles. Une clé, puis une autre. Certaines entrent à moitié, donnent un instant l’illusion. Aucune ne tourne.
Nos cœurs connaissent des cadenas semblables.
Nous en posons parfois sans y penser. Une rancune qu’on a rangée plutôt que réglée. Une protection installée après une blessure, et qu’on a oublié de retirer une fois la plaie refermée. Une habitude qui nous tient plus que nous ne la tenons. Des mécanismes solides, souvent installés pour de bonnes raisons. Mais qui ferment. Et qu’on garde, eux aussi, en se disant vaguement que ça peut servir.
Alors nous cherchons dans notre trousseau. Nos clés à nous ont des noms familiers : la volonté — « cette fois, je vais y arriver » ; la résolution — « à partir de janvier, ce sera différent » ; parfois le déni — « de toute façon, ce n’est pas si grave ». Elles entrent à moitié. Elles ne tournent pas.
Et c’est ici que le Christ dit quelque chose d’inattendu.
Il aurait pu dire : « Je suis la clé. » La formule aurait été juste — l’Apocalypse rappelle qu’il tient la clé de David, qu’il ouvre et que personne ne referme. Mais dans l’évangile de Jean, ce n’est pas le mot qu’il choisit. Il dit : « Je suis la porte. »
La différence est plus grande qu’il n’y paraît. Une clé sert à venir à bout d’un obstacle : elle suppose la serrure, le mécanisme, la résistance. Une porte, elle, est déjà le passage. Le Christ ne se présente pas comme l’outil qui viendra forcer nos verrous un par un. Il se présente comme l’ouverture elle-même. Il ne nous propose pas de mieux nous débattre avec le cadenas — il nous propose de sortir.
C’est peut-être ce qui nous échappe le plus longtemps. Nous restons devant nos serrures, persuadés que tout se joue là, et qu’il faudra bien finir par les ouvrir avant de pouvoir vivre autrement. Mais il y a une porte, et elle est ouverte. Nos cadenas ne ferment que ce que nous continuons à porter.